Mike, Eclipse et Sun

Après l’interview de Craig McClanahan, voici l’interview de Mike Milinkovich par Didier Girard et Olivier Rafal
(LMI). Elle est intéressante à plus d’un titre et
comme la rétention d’information est un vilain
défaut, je vous invite à la lire ici
(ou à acheter le nouveau Monde Informatique du jour).
L’homme est politique et assez prévisible, mais
ça c’est subjectif. Voyons quelques points plus
précis de l’interview.

L’explication (ou plutôt la justification) du terme “eclipse”
est à chaque fois différente, mais
celle-là (e\* comme eBusiness) est
particulièrement tirée par les cheveux. Pour la
peine, je vous renvoie vers la pub NetBeans. A bassesse, bassesse et demie.

Lors de sa présentation orale comme dans cet interview, ce
qui me frappe c’est l’insistance sur le fait qu’Eclipse n’est pas (que)
un IDE Java et que RCP (Rich Client Platform) est la
technologie qui va sauver le client riche. Ca semble parfois
tourner au complexe. Construire un IDE n’est pas un
sot métier et tous les problèmes sont loin
d’être résolus, mais Mike semble plus
intéressé par le coté business (et donc la gestion des conflits
d’intérêts à venir au sein de sa fondation).

Coté RCP, Eclipse n’est pas seul, NetBeans c’est
aussi une plate-forme pour les clients riches (utilisée ici et la)
dont la maturité me parrait meilleure ne serait-ce que par
son utilisation de Swing (SWT semble de plus en plus se
révéler comme un épine dans le pied
d’Eclipse comme le montre les accusations de Mike envers GTK…). Quant
à positionner RCP (celui d’Eclipse ou d’un autre) comme le sauveur du poste de travail sous
Linux, ca relève de la stratégie de bistro. En la
matière, je crois plus à une solution de type distribution complétée par quelque chose comme Tarentella ou Citrix.

Là ou on identifie le politicien à la petite phrase
bien rodée, c’est sur des répliques comme “Netbeans
est un projet Sun qui se trouve avoir une licence Open Source, tandis
qu’Eclipse est une communauté”
.
Le problème quand on nie l’existence d’une
communauté, c’est qu’on affirme une
contre-évidence (la communauté
NetBeans a même progressé de 38% en 12
mois selon BZ Research et de 132% en 9 mois pour les membres actifs de NetBeans.org) et qu’on prend le risque de se contredire dans une réponse suivante: “Le bruit autour de tout ça est provoqué par la communauté NetBeans.”

La justification du non-support du JDK 5.0 à ce
jour dans Eclipse est également
intéressante. “Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir un planning dépendant d’une autre entité”:
difficile d’ignorer quand même le travail du JCP dont tous les membres principaux d’Eclipse sont des contributeurs. A ce
sujet, si Sun a un problème avec Eclipse, Mike en a
un sérieux avec le JCP, expliquant en séance au
club-java que ce n’est pas la seule organisation Java et qu’il ne
compte pas proposer de JSR. La version finale du JDK 5.0 date de
Septembre 2004 et a fait suite à des mois de plusieurs
versions beta, RC (Release Candidate). Difficile de ne pas anticiper et
d’expliquer près d’un an de délai. “Nous ne pouvons pas nous permettre d’aller trop vite, nous devons proposer des outils stables”: je ne sais pas si le commentaire vaut pour tous les autres
outils qui proposent un support complet du JDK 5.0 depuis des
mois
, mais je pense que ses partenaires (certains sont membres
d’Eclipse) apprécieront.

Enfin la remarque sur le fait que NetBeans propose un support des derniers JDK (même le JDK 6.0
en cours de développement) parce qu’il s’agit de la
“même équipe” est pour le moins étonnante puisque NetBeans est développé à Prague en
République Tchèque par une équipe dédiée alors que le JDK est
développé en Californie.

Sur la partie écosystème, le constat est simple,
seule une approche de type distribution est possible pour
résoudre le problème de compatibilité
entre tous ces modules de qualité très variable.
Donc, soit je suis une grosse entreprise et je construis ma
propre distribution (création, maintenance, support) et j’impose ce choix à tous mes développeurs, soit
je considère que ce n’est pas mon métier (et j’ai
raison) et je choisi une ou plusieurs distributions
maîtrisées par un éditeur (alors qu’on était parti pour faire de l’Open Source ;-) avec le risque important de me retrouver avec autant de silos que de distributions.

A la question sur l’utilisation de Maven comme infrastructure de projets Eclipse, la réponse est “Je ne connais pas assez le sujet, je ne sais pas.”.
Un politique je vous dis! Enfin, on l’aura compris à la
lecture de l’avant-dernière question, Mike n’utilise pas Eclipse.
Peut-être utilise-t-il Visual Studio ou NetBeans ;-) ?

Author: alexismp

Google Developer Relations in Paris.